Fin de vie: la sédation terminale est-elle une euthanasie déguisée?

Publié le par Carole Gouyé

Fin de vie: la sédation terminale est-elle une euthanasie déguisée?

Par Jérémie Pham-Lê, publié le 23/10/2014 à 11:28, mis à jour à 11:31

Le droit d'un malade à cette pratique, qui consiste à endormir pour accélérer la mort, pourrait figurer dans la future loi sur la fin de vie. Mais elle suscite encore quelques crispations du côté de certains médecins, comme le rappelle le Comité d'éthique dans un rapport présenté ce jeudi. 

La sédation terminale, ou dite profonde, pourrait faire office d'alternative à l'euthanasie et au suicide assistée.

Faire évoluer la législation actuelle sur la fin de vie sans heurter la société pour autant. Voilà le casse-tête auquel sont confrontés le député PS Alain Claeys et l'UMP Jean Leonetti, chargés de faire des propositions concrètes et consensuelles à Manuel Valls avant la rédaction d'un texte de loi. Ils vont notamment "s'inspirer" du rapport du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) rendu public ce jeudi. Une synthèse des travaux tentaculaires menés jusqu'ici. 

Le hic, c'est que l'instance elle-même est divisée sur le sujet. Ne devraient donc pas figurer dans la future loi la légalisation de l'euthanasie ou du suicide assisté, sujets potentiellement explosifs.

Pour ne pas aboutir à un texte vide, la solution de secours pourrait se trouver du côté de "la sédation terminale", au coeur du rapport du CCNE.

Elle consiste à injecter, via une perfusion, un produit qui plonge le patient dans un sommeil profond. Son état de conscience est altéré et il ne ressent plus aucune douleur.

La survenue de la mort est précipitée. Pendant son sommeil, il n'est plus hydraté ni alimenté. Seuls les patients en phase terminale sont concernés, ceux qui ressentent une souffrance physique et morale telles que les traitements ordinaires sont insuffisants. Il peut s'agir de douleurs mais aussi de symptômes comme l'asphyxie ou l'état de panique, détaille Le Figaro Santé.  

"La mort n'est pas donnée instantanément"

Si la sédation terminale ne suscite pas une opposition virulente, elle laisse sceptiques certains médecins. "Des gens craignent que ce soit une euthanasie déguisée. Que l'on va endormir des malades sans se poser des questions", observe ainsi le docteur Régis Aubry, chef du service des soins palliatifs à l'hôpital de Besançon et membre du CCNE.

Et le directives du malade il en fait quoi le Doc R. Aubry ?
Pas de sédation sans l’avis de la personne

Ce qui est pourtant exagéré. Même le Conseil national de l'Ordre des médecins, d'ordinaire peu enclin aux bouleversements, s'y est dit favorable dans les cas exceptionnels. Et ce, par "devoir d'humanité." "Ce n'est pas un geste létal comme dans le suicide assisté. La mort n'est pas donnée instantanément avec une seringue", fait valoir le docteur Jean-Marie Faroudja, président du département "éthique et déontologie" à l'ordre. 

Donc si pas mort instantanée ça déculpabilise ?
Quelle hypocrisie !

Reste qu'aujourd'hui, la sédation existe déjà. Mais les produits sont souvent administrés à petite dose pour laisser la possibilité de revenir en arrière. Le malade peut se réveiller. L'idée est seulement de le soulager de ses souffrances et non pas d'influencer le cours de son décès, même si cela peut le précipiter. Toute la nuance se joue dans l'intentionnalité. "Il faut sortir du dogme de la réversibilité.

Réveiller un patient pour lui dire: 'Alors vous souffrez toujours autant?' et le sédater à nouveau, cela peut s'apparenter à de la maltraitance", s'est indigné Bernard Devalois, ancien président de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs lors de son audition devant les deux députés. Pire, selon un rapport du panel citoyen du CCNE, certains médecins ne pratiquent pas la sédation par peur d'aller trop loin et d'être accusés d'avoir voulu provoquer la mort.  

La clause de conscience en débat

L'idée des deux députés serait donc d'écrire dans la loi un "droit" pour le patient en situation désespérée d'exiger de son médecin la sédation terminale.

Le « patient » doit pouvoir demander une sédation, sans reveil,
n’excédant pas ..24 heures

Jusqu'ici, sédater un patient est une décision prise par le corps médical avec son accord ou celui de sa famille. Il n'existe pas de droit en tant que tel pour ce dernier. "L'idée, c'est de donner plus de pouvoirs côté malades, prendre en compte leurs souhaits, et en donner moins côté médecins", résume le docteur Régis Aubry. Cette petite révolution s'accompagnerait d'un changement de vocabulaire. On ne parlerait plus "d'accompagnement de la mort", cadre fixé par la loi Leonetti de 2005 déjà existante, mais "d'aide à mourir." 

Aussi, dans son audition par les deux députés, le Conseil national de l'Ordre des médecins a réclamé que soit ajoutée dans le texte une clause de conscience.

Elle permettrait à un praticien de ne pas répondre au souhait du patient s'il ne le souhaite pas pour des convictions intimes. L'Ordre envisage notamment de permettre son recours dans les cas où la décision doit être prise d'urgence ou lorsque le médecin ne connaît pas le malade. Ce qui fait sortir de ses gonds le docteur Régis Aubry du CCNE. "Au nom de quel principe la conscience d'un médecin devrait-elle empêcher la sédation de la souffrance d'un malade? C'est même le contraire au devoir d'un médecin. Ceux qui comparent cela avec l'IVG (avortement, ndlr), où il est possible de refuser de la pratiquer, se trompent parce que cela n'a rien à voir", regrette le professionnel.  

Le député Jean Leonetti se dit également défavorable à une clause de conscience, craignant que cela donne une mauvaise image de la sédation terminale. "La conscience ne doit s'appliquer que si c'est un acte euthanasique, ce qui n'est pas le cas ici. C'est une façon indirecte d'accélérer la mort. On meurt encore très mal en France aujourd'hui", assure-t-il. Selon un sondage de fin 2012, 60% des Français envisagent d'être placés dans un sommeil profond s'ils se trouvent en situation de fin de vie


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