8 ans de calvaire ? pourquoi ? TEMOIGNAGE

Publié le par Carole Gouyé

«Huit ans de calvaire : j'ai écrit à François Hollande»

Euthanasie - Diane Arteu, Retraitée 

«Huit ans de calvaire : j'ai écrit à François Hollande»

Dans l'appartement toulousain de Diane Arteu, 73 ans, il y a la photo d'un beau couple. L'image qu'elle veut garder de ses parents. De son père, républicain espagnol. De sa mère qui l'a suivi en exil lorsqu'est tombée la Catalogne. Mourir debout plutôt que vivre à genoux… et être libre de ce choix : c'est l'histoire de la famille, pour cette professeur d'espagnol retraitée.

«Fille unique née en France, la seule à parler et écrire le français sans faute, dès l'enfance j'ai toujours accompagné mes parents au plus près. Papa est mort en 1979. Je me suis occupée de maman. Puis la maladie d'Alzheimer est arrivée au début des années 2000. Maman a vu sa déchéance progresser… Un jour, alors qu'elle était encore lucide, elle m'a demandé : «à qui elle appartient ma vie ? Qu'est-ce que ça leur ferait de me donner un bonbon et que je m'endorme ?»

Ces questions, Diane les répète encore aujourd'hui. Et la colère dans sa voix n'est pas retombée. «Car aucun médecin n'a voulu entendre cette demande», résume-t-elle. Avant de décrire «la dérive» dont a été victime sa mère Andréa, alors que «maman avait clairement exprimé à l'équipe soignante, quand elle en était encore capable, qu'elle voulait en finir, ne pas subir cette inéluctable dégradation de son état».

«Un jour, elle ne m'a plus reconnue et il a bien fallu l'hospitaliser. Elle avait 84 ans. Lorsque les soignants lui demandaient son âge, elle répétait invariablement «79 ans». 79, comme l'année de la mort de papa, sa tête était restée bloquée là… Puis je l'ai rapidement vue perdre toute autonomie et devenir grabataire, cesser d'exister. On dit toujours que ces patients-là n'ont pas conscience de leur état, mais il y a une vraie souffrance psychique, j'en suis convaincue. «à qui elle appartient, ma vie ?» J'entendais encore ce cri, cette protestation», poursuit Diane. Elle prend des feuilles devant elle, titrées La Dérive. Justement. Le témoignage qu'elle a écrit, après… Et lit.

«En 2007, j'ai cru m'inscrire dans une légitimité simplement humaine en réclamant par écrit pour elle l'application de la loi Léonetti de 2005, condamnant «l'obstination déraisonnable et la prohibition des actes médicaux inutiles, disproportionnés ou n'ayant d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie». Elle lève les yeux. «Fin de non-recevoir du professeur référent en matière d'éthique. Pour eux, elle n'était pas malade… mais ils l'ont régulièrement sauvée de la mort et jamais de la prolongation d'une interminable agonie ! Je leur disais : «Vous ne la faites pas vivre, vous l'empêchez de mourir !» s'insurge Diane. «J'ai des photos de l'état dans lequel elle était, c'est scandaleux. Elle n'avait plus que la peau sur les os dans son lit, un spectre… Mes enfants ne voulaient plus venir, ils ne supportaient plus ce qu'elle était devenue et on osait encore me demander si je voulais qu'elle soit vaccinée contre la grippe ! ? Ce jour-là, je leur ai répondu, «mais je croyais que c'était vous qui saviez ce qui était bon pour elle !». Au bout de huit ans de calvaire, Andréa est partie. «Jusqu'à l'ultime souffle, je l'ai accompagnée, désormais je sais ce que veut dire «expirer».» Après ? Mourir dans la dignité… Elle a envoyé La Dérive à l'Élysée avec une lettre à François Hollande. «Il n'est pas question d'abréger la vie, mais seulement de mourir», lui a-t-elle écrit. Espérant pour elle et ses enfants une «France moins frileuse, capable de faire ce que la Suisse et la Belgique font déjà». «Oui, je souhaite le droit au suicide assisté et à l'euthanasie et il ne faut pas avoir peur de ces mots. Euthanasie, ça veut dire «mort douce»», rappelle-t-elle.

 

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