Le droit de mourir dans la dignité reste encore à conquérir

Publié le par Carole Gouyé

Le droit de mourir dans la dignité reste encore à conquérir

Publié le 10/02/2015 à 08:49 Albi (81) - Université pour tous

http://http://www.ladepeche.fr/article/2015/02/10/2046972-droit-mourir-dignite-reste-encore-conquerir.html

Jacqueline Jencquel vice-présidente de l'ADMD et Claude André Despré délégué de l'ADMD 81, lors de la conférence.

Dans le cadre du cycle des conférences proposées par l'Université Pour Tous, Jacqueline Jencquel, vice-présidente de l'ADMD (association pour le droit à mourir dans la dignité) était mercredi dernier à l'université Champollion d'Albi. Elle y animait une conférence sur l'accompagnement en fin de vie. Une question qui nous concerne tous et qui va être débattue une fois encore devant l'Assemblée Nationale au mois de mars prochain. Il s'agit toujours de cette loi Léonetti adoptée par nos députés en 2005 et modifiée en 2008 après «l'affaire Chantal Sébire» et encore reprise, par le même Jean Léonetti. Voilà donc 10 ans que cette loi ne fonctionne pas. Et l'acharnement thérapeutique existe toujours et des euthanasies clandestines se réalisent toujours …..

Ils sont nombreux à l'ADMD, a se sentir trahis par certains élus qui ont fait des promesses ….. Faudra-t-il encore 25 ans pour obtenir la légalisation de l'aide active à mourir ou du suicide assisté comme il a fallu 25 ans de lutte pour obtenir une loi interdisant l'acharnement thérapeutique ?

Car quelle est la seule amélioration de la proposition Leonetti? Les directives anticipées deviendraient opposables, sauf à deux exceptions : l'urgence vitale pour le patient, et si ces directives semblent inappropriées. Mais qui va décider de cette urgence et de ce caractère inapproprié ? Encore bien des drames familiaux, des procès et des vols de notre ultime liberté en perspective…

Oui, toujours la même hypocrisie dans cette 3e modification du texte de M. Léonetti avec l'utilisation du mot «intention». «Selon qu'il y aurait une intention de donner la mort ou pas, des pratiques seraient plus acceptables que d'autres» comme le dit Mr Roméro, président national de l'ADMD. Utiliser un sédatif qui endort pendant que l'on débranche le patient jusqu'à ce que la mort s'en suive sera donc toujours légal, même si personne n'ignore que ni nourri ni alimenté on finit bien par mourir ; mais utiliser un produit létal pour aider un mourant à mourir dans un délai court, à sa demande, dans un moment qu'il aurait lui-même choisi, ne sera pas légal en France.

Les belges, les luxembourgeois, les néerlandais, les suisses qui ont adopté une loi qui encadre l'aide active à mourir ou le suicide assisté sont-ils moins humains que nous, eux qui osent regarder la mort en face ? Non, ils ne sont pas hypocrites.

Ou encore, «s'agit-il de plier devant l'opposition féroce de ceux qui ne veulent pas perdre leur clientèle : les soins palliatifs, les maisons de retraite (certaines cotées en bourse !), les laboratoires pharmaceutiques. Et comme toujours les religieux qui clament haut et fort que vouloir aider quelqu'un à mourir, c'est vouloir le tuer. ...», argumentait Jacqueline Jencquel.

«Mauvaise foi»

Qu'il est difficile d' aboutir contre tant de mauvaise foi et surtout contre tant de pouvoirs économiques conjugués.

«Des parlementaires, des gouvernants évoquent la nécessité de légiférer dans le consensus. Mais le droit de vote pour les femmes, le droit à l'avortement, l'abolition de la peine de mort et le mariage pour tous, ont-ils fait l'objet d'un consensus ? Toutes ces lois, qui font la richesse de notre République laïque, la fierté de la culture française, la force de notre démocratie, ont été arrachées de haute lutte» a déjà proclamé Jean-Luc Romero.

Ces lois ont toutes un point commun : elles ouvrent un nouveau droit, sans créer d'obligation, sans retirer de droits à d'autres.

Il en sera ainsi de la loi sur l'euthanasie et le suicide assisté qui permettra à ceux qui le veulent d'en bénéficier dans la clarté et l'égalité, et à ceux qui ne le veulent pas de les protéger de ceux qui voudraient «débrancher des respirateurs pour libérer des lits».

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