Témoignage : lettre à F. Hollande sans réponse à ce jour

Publié le par Carole Gouyé

PIERRET Claudette

23, rue Hector Berlioz

Pulventeux,

54400 - LONGWY-HAUT

Tél. : 03.82.23.11.65

Monsieur François HOLLANDE

Président de la République

Palais de l'Elysée

55, Faubourg Saint Honoré

75008 - PARIS

 

Longwy, le 12 décembre 2014

 

Objet : rapport remis ce jour par Messieurs Léonetti et Clayes sur la fin de vie

 

                Monsieur le Président de la République,

 

                Avec tout le respect que je vous dois à vous et à votre fonction....

 

                NON ! NON ! NON ! et NON !!!

 

                Le rapport qui vient de vous être remis, ce n'est pas ce que réclament les Français ! Ce n'est pas ce que réclament les malades, ce n'est pas ce que réclament les médecins qui veulent pouvoir aider les malades à mieux mourir sans se retrouver devant une cours d'Assises !!!

 

                Mon père a réclamé cette aide pendant 4 longs mois, tous les jours, à nous, au personnel qui le soignait, aux membres de l'association qui l'avait en charge puisque nous l'avons gardé au domicile jusqu'au jour de sa mort et il est mort malgré tout comme il avait toujours dit et ECRIT, qu'il ne le voulait pas ! Il ne voulait pas mourir comme son père, il est mort de façon bien plus abominable que la sienne et bien pire que celle de mon chien !!!

 

                Ne vous offusquez pas de ce que je dis là, Monsieur le Président de la République, mon chien, je l'aimais beaucoup aussi, et qu'on ne me dise pas que le fait que je compare la mort de mon père à celle de mon chien est indigne. L'indignité, elle est dans le fait que j'ai pu offrir à mon chien la mort douce et rapide que la loi française a refusée à mon père ! Cette mort, il se la souhaitait lui aussi, douce et rapide, comme celle que la vétérinaire a offerte à mon chien. Malheureusement, ça n'a pas été le cas. Il avait une pompe à morphine et une autre à hypnovel, mais il ne fallait surtout pas que les doses administrées soient trop fortes, dès fois qu'elles le fassent mourir trop vite !

 

                Mon père, âgé de 90 ans était en fin de vie, nous le savions, ma mère, mon frère et moi tous les trois, ainsi que nos familles respectives, et nous étions tous d'accord pour qu'on abrège ses souffrances, en vain ! L'émission de "Zone interdite" sur M6 a filmé une partie de son calvaire pour l'émission qui est passée à l'antenne le 16 novembre dernier, il y a tout juste un mois.

 

                Ce que J. Léonetti et A. Clayes ont apporté comme modification à la loi établie par le premier, ne concernera pas, hélas tous les malades qui seraient en droit de demander à être aidés à partir. Il n'y a qu'à se référer aux reportages télévisés de ce soir, aucun des malades n 'entraient dans les critères des nouvelles dispositions. Les malades devront continuer à s'expatrier en Suisse ou en Belgique pour pouvoir mourir comme ils le souhaitent. J'habite à 7 km de la Belgique et du Luxembourg et je peux vous certifier que dans ces deux pays, on est loin des mensonges colportés par les opposants sur ce qui s'y passe. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage, quand on ne veut pas faire passer la loi sur une fin de vie choisie, on dit qu'il y a des dérives dans les pays qui ont dépénalisé l'acte ! Vous ne devez pas croire ces mensonges ! je vous invite à venir avec moi dans ce pays pour y rencontrer les médecins, les professeurs, les malades aussi et encore plus simplement le peuple belge. Tous vous diront (sauf évidemment la poignée d'opposants à toute évolution de la société comme chez nous) qu'ils ne voudraient pas revenir en arrière.

 

                Depuis très longtemps j'échange sur ce sujet avec votre Secrétaire d'Etat, Monsieur Christian Eckert, puisque nous habitons la même ville et qu'il m'a reçue de nombreuses fois à la permanence du PS à Longwy. Nous sommes d'accord pour dire que la France doit se doter d'une loi de liberté. Manuel Valls, votre premier ministre a déposé une loi allant dans ce sens en 2009. Vous-même avez déclaré vouloir changer la façon dont on meurt encore en France en 2014.

 

                Les recommandations qui viennent de vous être remises ne sont pas dignes de notre pays ! VOUS devez rendre leur liberté aux citoyens du pays des Droits de l'Homme ! 96 % des Français vous réclament le DROIT DE MOURIR quand la médecine ne peut plus rien pour eux, et cela, même quand ils ne sont pas en toute fin de vie. (se référer aux trois reportages cités plus haut).

 

                Pour des raisons religieuses, philosophiques ou économiques, une petite frange d'opposants ne PEUT PAS imposer son point de vue à la majorité qui est écrasante. Une bonne loi doit reconnaitre la liberté et le droit de chaque Français de pouvoir disposer de lui-même et de sa fin de vie, y compris par une euthanasie, ou par un suicide médicalement assisté puisqu’ elle laissera à la poignée d'opposants restants la possibilité de ne pas demander à être aidés. Ceux qui s'opposent sur le principe que Dieu leur a donné la vie et que lui seul peut la reprendre ne seront pas lésés par une loi qui ne leur imposera rien à eux, mais qui répondra à la demande de tous les autres.

 

                Ces discussions sur la fin de vie durent depuis des années et des années et vous n'obtiendrez JAMAIS une totale adhésion de TOUTE la population, mais avouez que 96 % de personnes qui se disent favorables à une loi (dernier sondage IFOP) c'est un sondage qui ferait rêver plus d'un homme politique !

 

                Jean Léonetti a apporté quelques modifications parce qu'il sentait bien que "sa" loi allait lui échapper ! Les Français ne veulent plus dépendre du bon vouloir des médecins pour terminer leur vie "dignement" dignité, non pas évaluée par les yeux des médecins, mais par leur propre regard. Cette dignité est propre à chacun d'entre-nous et personne ne doit décider à notre place de ce que nous jugeons digne ou indigne !

 

                Nous voulons une loi de liberté, liberté qui nous est volée par tous ceux qui veulent nous imposer leur idéologie, leur croyances, leurs convictions, leurs pensées et leur avis !

 

                Nous sommes nombreux à compter sur vous et sur votre sens du devoir pour qu'enfin, ce débat qui n'en finit pas, trouve un épilogue digne de notre pays et de ses habitants.

 

                Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de mes meilleurs sentiments.

 

 

 

                                                                                                                                                             PIERRET Claudette

 

 

 

Copie : M. Christian ECKERT

Publié dans findevie, ultime liberté

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