Peut-on pratiquer l’euthanasie lorsqu’on est catholique ?

Publié le par Carole Gouyé

France - Société Peut-on pratiquer l’euthanasie lorsqu’on est catholique ?

le 21/10/2014 à 05:00 | PROPOS RECUEILLIS PAR V. L. Vu 348 fois

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Joséphine Bataille, ex-journaliste au Bien Public, travaille aujourd’hui pour le magazine La Vie. Photo SDR

Ancienne journaliste à Dijon, Joséphine Bataille, 31 ans, a récemment cosigné un ouvrage intitulé Médecin catholique, pourquoi je pratique l’euthanasie. Une thématique polémique.

Comment êtes-vous entrée en contact avec l’auteur, Corinne Van Oost, chrétienne engagée et médecin en soins palliatifs en Belgique ?

« Par le biais de mes investigations professionnelles ; je suis chargée des questions de santé et en particulier de bioéthique au magazine La Vie. Or, il y a, depuis deux ans, une forte actualité dans le domaine de la fin de vie. Ceci en France, mais aussi en Belgique, l’un des seuls pays d’Europe à avoir légalisé l’euthanasie. »

Comment expliquez-vous que l’auteur ait changé de position sur la loi sur l’euthanasie ?

« Plus que changé d’avis, elle a surtout décidé de s’adapter à la réalité. Elle n’était pas pour une loi. Mais cette loi a été votée en Belgique. Son raisonnement est le suivant : un médecin en soins palliatifs est là pour adoucir, accompagner, améliorer les derniers moments des mourants. Elle veut donc accueillir dans son unité tout aussi bien les patients qui ont la même vision de la mort qu’elle (dans un certain “lâcher prise”) que ceux qui sont dans une philosophie de “contrôle” (et demandent l’euthanasie lorsqu’ils estiment qu’ils ne peuvent pas en supporter plus). Corinne Van Oost veut des soins palliatifs “pour tous”. Elle se dit qu’au mieux, les malades retrouveront assez de bien-être pour ne pas demander la mort ; et qu’au pire, elle les aura tout de même aidés à se préparer, à partager avec leurs proches, à réfléchir au sens de leur fin de vie. »

Détaille-t-elle la façon dont elle met fin à la vie de patients lorsqu’il n’y a plus d’autre choix ?

« Elle raconte surtout l’avant : comment elle accompagne les gens pour qu’ils vivent mieux leur fin de vie, et si possible, perdent le désir de mourir. Cela peut être parce qu’on les soulage mieux sur le plan de la douleur. Ou parce qu’ils retrouvent du sens à exister encore un peu, malgré la souffrance : il y a la motivation de voir naître l’un de ses petits-enfants, une conversion spirituelle, des liens affectifs renoués, etc. Et puis lorsque, effectivement, l’euthanasie a lieu, elle raconte non pas tant le geste – qui est très bref, il s’agit d’une piqûre et la mort survient en quelques minutes -, mais tout son travail pour “humaniser” le dernier moment. Corinne Van Oost a travaillé avec un prêtre, Gabriel Ringlet, pour que le moment de l’euthanasie ne se réduise pas à un geste technique et médical, mais que les malades et leurs familles puissent trouver grandeur et dignité dans la séparation. »

Comment le livre a-t-il été accueilli en France ?

« Il a intéressé. Mais la question était de savoir comment il serait reçu dans les milieux catholiques, l’Église étant opposée à toute pratique de l’euthanasie. Certains ont refermé d’emblée le débat en alléguant qu’il y avait contradiction intrinsèque entre la foi et la pratique de l’euthanasie. D’autres y ont vu un témoignage essentiel pour la réflexion éthique et sans forcément partager toutes les positions de l’auteur, ont salué ce parcours personnel. De fait, ce livre témoigne de la quête d’un médecin croyant, de sa tentative pour agir au mieux dans la réalité concrète d’un pays, d’une législation et d’une médecine de fin de vie. Ce n’est pas une thèse sur le bien et le mal. »

Pensez-vous que la France pourrait un jour franchir le pas d’une véritable loi sur l’euthanasie ?

« La France a construit une approche et un système de réflexion sur la fin de vie extrêmement complexe, alors qu’à l’étranger, on est plus dans le tout ou rien. La loi Leonetti est à la fois saluée et contestée à cause de la multiplicité de ses nuances et interprétations possibles. Dans ce contexte, les opposants à l’euthanasie ont beaucoup d’arguments pour refuser que la France saute le pas. Et les militants de l’euthanasie ont beaucoup d’arguments pour dénoncer un système qu’ils qualifient “d’hypocrite”. C’est ce qui explique que le débat soit sans fin. En tant qu’observatrice, j’ai néanmoins l’impression que la France y viendra tôt ou tard, car le mouvement de la société à cet égard est extrêmement fort. Il me semble que c’est une question de temps. Et d’opportunisme politique. »

À Dijon, le cas Chantal Sébire, en 2008, avait sensibilisé l’opinion publique à la problématique. Pensez-vous que l’euthanasie peut aussi s’appliquer à ce type de cas ?

« Chantal Sébire fait exactement partie du type de patients qui, d’après la loi belge, aurait le droit théorique de demander l’euthanasie, étant atteinte d’une maladie grave incurable et manifestant une souffrance inapaisable. Une fois qu’on a dit ça, la question est de savoir ce qu’on fait pour aider la personne à trouver malgré tout d’autres solutions que la mort. Et dans le cas de Chantal Sébire, on sait que les soins palliatifs auraient sans doute pu soulager certaines douleurs, donc peut-être l’aider à vivre un peu plus. Seulement, elle avait refusé les soins palliatifs et les médicaments. »

Pensez-vous que d’autres chrétiens ont la même position que Corinne Van Oost sur l’euthanasie ?

« D’autres chrétiens, dans d’autres domaines, ont la même logique : celle de se confronter à la réalité avant de poser des principes. Ou plutôt de confronter leurs principes à la réalité. »

En quoi a consisté votre travail sur le projet ?

« En de nombreuses heures d’interviews pour accoucher Corinne Van Oost à la fois de son parcours et de sa connaissance de la demande d’euthanasie. Par son expérience, elle apporte un éclairage sociologique sur ce que disent, veulent et attendent ces malades. »

Ce qu’elle dit correspond-il à ce que vous pensez vous aussi ?

« Sur le plan de l’analyse, je ne suis pas toujours d’accord avec Corinne Van Oost. Mais en fait, elle est très peu dans la théorie. Et c’est la démarche qui m’a intéressée, et que j’estime : se “salir les mains”, se faire violence à soi-même dans ses propres convictions, pour aller au bout de la rencontre avec un patient qui en a d’autres. »

Médecin catholique, pourquoi je pratique l’euthanasie , de Corinne Van Oost, avec Joséphine Bataille, 228 pages, aux Presses de la reconnaissance, 16,90 €.

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